écrits poétiques
Quelque chose tanguait
Quelque chose tanguait
Il ouvrit grand la bouche, nul son n’en sortit
Pas même une plainte
Il imagina un filet de bave
À ses commissures
Toute cette glaire qu’il portait à l’intérieur
Tout ce que le monde déversait en lui
Par petites touches
Quelque chose tanguait dans son corps
Sous sa peau
le bourdonnement d’insectes, la vase d’un étang
l’haleine fétide des guerres
Verbier
Verbier
La forêt entre par la fenêtre
Fourrure sombre et mouvante
Elle dévale jusqu’au lit
Je jette mes talons hauts
Négligemment
Sur la façade de l’hôtel
les LED roses
et les astres
échangent des signaux cryptés
La chambre est calme
Mordorée
Je croyais ne pas aimer Verbier
Liste
Liste
Racheter du thé
Tailler le jasmin
Poster ma lettre
Étrenner mon vélo
Passer en librairie
Pour un recueil de poèmes
Tout se tient
Lèvres mordillées
Feuilles d’automne,
Les premières
Un orage dans la poitrine
Le Grand Obscur
De la nuit fraîche
Entre nos peaux
À ton front
Un éclair
Ne pas oublier
de dormir
Le vent
Le vent
Je suis la Tramontane
qui vient des collines
qui vient du très loin
j’ai traversé de grands plateaux nus
des reliefs pierreux
des monts boisés
Je dévale les pentes
ventre à terre dans les ravines
et remonte avec force
dans les taillis secs
Je repousse au large
tout ce que la mer contient
Aujourd’hui mon souffle est féroce
Je m’agite et dessine
des éclairs sur les montagnes,
amasse des nuages noirs
dans un repli du ciel
puis me ravise, les déplace
mes courants assemblent
puis défont le taffetas gris
Je m’abandonne à mes pulsions
Ne rien retenir
Je suis la tempête
je n’ai pas rugi depuis longtemps
Trop de braise accumulée
dans mes veines
je déverse ce trop-plein
sans discernement, sans inimitié
Maria me croit en proie
à une ire sanguinaire
mais elle fait fausse route
Je suis la tempête
et ne connais pas la colère
Les tourbillons que je forme
au-dessus des flots
ne renferment nulle émotion
Je suis la tempête
Ne vous méprenez pas
je ne suis pas le chaos
Je foudroie les cactus moribonds
j’ouvre les pierres molles
Je donne vie
à des rus de boue tendre
qui emmènent
sables et souches inutiles
Les mouettes les plus véloces
ont trouvé abri
dans des cavités rocheuses
Je lave et j’inonde
je ravage
ce qui tenait à un fil
ou était de guingois
Oui, je rudoie le monde d’en-bas
j’anéantis et oblitère
ce qui demandait à disparaître
Pourtant je ne suis pas purification
je ne suis pas
manifestation vengeresse du ciel
je ne suis pas
sélection darwinienne
je rince tout sans distinction
Humains et végétaux
ont appelé l’eau
la voici
prise dans mes ailes souples
que je déploie
déversant des litres
sur les terres arides
inaptes à la recevoir
Mes vortex au-dessus de la mer
dans le large
sont pure beauté
parfois un rai de lumière oblique
relie les deux mondes
nuages et eaux
pris dans un même cône pâle
Prismes
Prismes
Sous des prismes nacrés
Le monde s’étiole
Fermer les yeux pour mieux sentir
Ses sous-bois
Ses épines
Ses informes brasiers
Ses plaies purulentes
Dans la lumière vive
Qui déforme
En ribambelle
Des savoirs se traficotent
Les observer, les caresser,
Un instant les retenir
Irisés d’un désir sulfureux
Qui attire qui affole
Sous des teintes saturées
Le monde s’étiole
Fermer les yeux pour mieux sentir
Son souffle
Son écorce
La brume
Qui empâte les cimes
Fermer les yeux pour mieux sentir
Ta nuque, tes bras
Ta langue rose spongieux