Il avait serré sa main un peu fort
elle l’avait retirée d’un mouvement rapide
Il observa le creux de son poignet
Sous la peau diaphane, un lacis de veinules
dessinait une cartographie secrète
Elle sourit et rajusta ses lunettes de soleil.
Elle s’assit dans un fauteuil de la terrasse
et lui fit signe d’en faire autant
Il était mal à l’aise
Il s’attendait à rencontrer
une femme plus âgée
De cette inconnue
émanait
une grâce sans artifice
Ils se firent quelques politesses
Troublé, il se racla la gorge
Il était venu l’interroger sur Michel S.
peintre disparu sans avoir connu la gloire
et ayant à peine goûté
à un semblant
de reconnaissance de ses pairs
L’alcool et une solitude aigüe
avaient consumé ses forces
il s’était éteint seul
sans amour, sans amis
accompagné de son frère
et de quelques proches
C’est ce qu’Arno avait lu
dans un magazine.
Chère Ada,
Quand même, merci pour ta lettre. Je l’ai lue les cils humides. J’ai affiché l’enveloppe fleurie dans ma cuisine puis j’ai tout laissé en plan. Je n’ai pas songé à te résister, je me suis envolé vers toi.
Je me suis coulé dans une bague fine à ton doigt. Pas l’anneau doré qui a l’air d’une alliance. L’autre, aussi délicate, qui la surmonte, ornée d’une pierre transparente et biseautée qui fragmente la lumière. J’étais à ton doigt un jour durant.
Tu n’as pas senti ma présence.
J’étais avec toi chez la manucure. Tu peux être superficielle parfois. Amoureuse des éclats faciles, du brillant, du papier glacé.
Pourtant je t’ai entendu murmurer :
– Moi je n’aime pas les femmes trop soignées.
La manucure a sursauté :
– On n’est jamais trop soigné.
Tu as rétorqué :
– J’aime un maquillage léger, l’élégance raffinée, pour autant que cela ne vire pas à l’obsession, que cela ne masque pas un vide. Je crois aussi que le temps passé à se malaxer-botoxer le visage est du temps prélevé sur la tendresse.
La sophistication extrême révèle une faille, la crainte d’être soi, le besoin de se dissimuler derrière des paillettes. J’aime les femmes assez naturelles. Celles qui n’ont pas un deuxième visage sous la couche de fond de teint.
Et j’aime te voir décoiffée, les cheveux au vent sur ton vélo. C’est ainsi que tu es la plus intrépide, la plus sauvage, la plus séduisante.
J’ai vu ton émotion vive lorsque ta fille a évoqué la détresse psychologique de son amie. La souffrance de cette adolescente te transperce. Nos impuissances douloureuses.
Ta fille avait envie de parler. J’ai vu votre complicité renouvelée. Ton émotion encore lorsque vous avez évoqué Gaza et Isräel, ces déchirures qui défigurent le berceau de l’humanité.